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RDC: Nicolas Kazadi critique les choix financiers du gouvernement et relance le débat sur son propre bilan

Ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi a de nouveau pris position sur la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo. Invité, le 2 septembre, dans un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera, il a notamment critiqué le recours de l’État aux Eurobonds, estimant que le fait de lever des fonds ne suffit pas, à lui seul, à créer de la richesse.


Cette prise de position relance le débat sur la politique d’endettement de la RDC, mais aussi sur le bilan de Nicolas Kazadi, qui a dirigé le ministère des Finances pendant près de trois ans.

Pour l’ancien ministre, l’emprunt doit être apprécié notamment au regard de son coût, de son utilisation et de sa capacité à produire des résultats économiques. Une approche qui rejoint les interrogations régulièrement soulevées dans le débat public sur la soutenabilité de la dette et la qualité de la dépense publique.

Mais les critiques de Nicolas Kazadi suscitent également des réactions, certains observateurs estimant qu’elles doivent être mises en perspective avec les décisions prises durant son passage au ministère des Finances.

Des ressources publiques en hausse

Selon des données récemment rapportées par AfricaNews RDC, les ressources propres de l’État seraient passées d’environ 4 milliards de dollars en 2021 à près de 9 milliards en 2023. Dans le même temps, la dette publique aurait augmenté, passant d’environ 3 à 12 milliards de dollars sur la même période.

Ces chiffres, qui doivent être appréciés à la lumière des données officielles et de leurs différentes méthodologies de calcul, posent une question centrale : au-delà du niveau des recettes et des emprunts, quels résultats les ressources mobilisées ont-elles permis d’obtenir ?

C’est notamment sur cette question de la qualité et de l’efficacité de la dépense publique que le bilan de l’ancien ministre continue d’être discuté.

L’Arena et le Centre financier au cœur des interrogations

Lors de son intervention, Nicolas Kazadi est également revenu sur le financement de certains projets réalisés durant son passage au gouvernement.

Concernant l’Arena de Kinshasa, il a affirmé qu’environ 30 millions de dollars auraient été décaissés lorsqu’il a quitté ses fonctions, pour un taux d’exécution physique qu’il situe entre 60 et 65 %. Il a par ailleurs contesté l’idée selon laquelle 104 millions de dollars auraient été personnellement payés sous sa responsabilité.

Ces explications remettent au centre du débat la question du coût réel des grands projets publics, de leurs modalités de financement et de leur niveau d’exécution.

Le Centre financier de Kinshasa fait également partie des projets ayant suscité des discussions sur leur coût et leurs conditions de financement. Pour les observateurs des finances publiques, ces dossiers illustrent la nécessité d’une plus grande transparence sur les contrats, les avenants, les décaissements et les résultats obtenus.

Le dossier des 1 000 forages

Autre dossier régulièrement associé à la période de Nicolas Kazadi au ministère des Finances : le projet des 1 000 forages.

Des organisations de la société civile ont, par le passé, soulevé des interrogations sur la gestion financière de ce projet et sur l’implication des différentes institutions publiques.

Nicolas Kazadi rejette, pour sa part, les accusations qui lui sont adressées. Il affirme notamment que les contrats concernés n’ont été ni négociés ni signés par lui.

Dans ce dossier comme dans les autres controverses relatives à la gestion des finances publiques, la clarification définitive passe par l’examen des documents contractuels, des décaissements, des rapports d’audit et des conclusions des institutions compétentes.

Eurobonds : le débat sur l’endettement

La critique formulée par Nicolas Kazadi contre les Eurobonds intervient alors que le recours à l’endettement commercial fait l’objet d’un débat plus large en RDC.

Le principe de recourir à ce type de financement n’est pas, en lui-même, suffisant pour déterminer si une opération est pertinente ou non. L’analyse doit notamment porter sur le taux d’intérêt, la maturité, le coût global du financement, l’utilisation des fonds et la capacité de l’État à honorer ses engagements.

Dans cette perspective, les critiques adressées à la politique actuelle peuvent être examinées au même titre que les décisions prises sous les gouvernements précédents.

Doudou Fwamba face aux défis des finances publiques

Le ministre actuel des Finances, Doudou Fwamba, poursuit pour sa part les réformes engagées dans le secteur des finances publiques et défend une approche axée notamment sur la mobilisation des recettes, la discipline budgétaire et la recherche de financements pour les projets prioritaires.

Le recours éventuel aux marchés internationaux doit donc être apprécié sur la base de données précises : coût de l’emprunt, destination des ressources, rendement attendu des investissements et capacité de remboursement.

Le débat entre anciens et actuels responsables des finances publiques ne devrait ainsi pas se limiter aux déclarations politiques. Il peut surtout être nourri par les chiffres, les documents budgétaires et l’évaluation des résultats des différents programmes.

Une question de reddition des comptes

Nicolas Kazadi est libre de défendre son bilan et de critiquer les orientations de son successeur. De la même manière, le gouvernement actuel doit pouvoir justifier ses propres choix devant l’opinion publique.

Au-delà des personnes, la question fondamentale demeure celle de la reddition des comptes.

Quels montants ont été mobilisés ? Pour quels projets ? À quelles conditions ? Quels montants ont effectivement été décaissés ? Quels résultats ont été obtenus ? Et quelle charge ces engagements représentent-ils pour les finances publiques ?

Autant de questions qui concernent aussi bien la gestion actuelle que celle des gouvernements précédents.

Dans un pays confronté à d’importants besoins de financement, le débat sur la dette et les Eurobonds mérite donc de dépasser les affrontements politiques. La transparence sur les ressources publiques, l’efficacité de la dépense et l’évaluation des projets devraient rester au centre de l’attention.


Rédaction

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