La République démocratique du Congo et la Banque africaine de développement (BAD) ont renforcé, mercredi à Abidjan, leur coopération autour d’un ambitieux agenda d’intégration et de développement des grands corridors africains. Une délégation conduite par Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur et représentant personnel du chef de l’État auprès de l’AUDA-NEPAD, a tenu une séance de travail stratégique avec la haute direction de la BAD, conduite par Salomon Quaynor, vice‑président chargé du secteur privé, des infrastructures et de l’industrialisation.

La réunion, qui a réuni une dizaine d’experts sectoriels de la BAD et la délégation congolaise, a passé en revue le portefeuille de projets de la Banque à la lumière des priorités de l’AUDA-NEPAD, avec un accent particulier sur les financements destinés à la RDC. Le portefeuille congolais y est présenté comme un maillon incontournable de l’intégration continentale.
Huit axes prioritaires ont été abordés de manière approfondie :
- le Corridor de Lobito, requalifié en programme d’intégration économique plutôt qu’en simple ensemble d’infrastructures ;
- le chemin de fer reliant la Tanzanie, le Burundi et Kindu, vu comme essentiel pour désenclaver le centre de la RDC et le connecter au port de Dar es Salaam ;
- l’appui aux Zones économiques spéciales (ZES), à implanter le long des corridors de transport pour favoriser la transformation industrielle locale ;
- le corridor de mobilité urbaine, ciblant la modernisation et la fluidification des transports dans la ville‑province de Kinshasa ;
- le pont route‑rail Kinshasa‑Brazzaville, présenté comme un maillon clé de l’intégration sous‑régionale ;
- le projet Grand Inga, réaffirmé comme levier énergétique structurant pour l’interconnexion du réseau continental ;
- la transformation locale des minerais critiques et stratégiques, avec un appui ciblé pour la ZES de Musompo dans le cadre de la transition énergétique ;
- la réactivation des mécanismes de l’AUDA‑NEPAD, notamment le fonds de préparation de projets, le programme de développement des infrastructures et l’initiative pour les trains à grande vitesse.
La délégation congolaise a par ailleurs souligné l’importance stratégique du segment Kisangani‑Beni‑Kasindi‑Ouganda, qui offre un accès au port de Mombasa et, via le fleuve Congo, contribue à relier l’Océan Indien à l’Océan Atlantique. Les autorités congolaises ont demandé à la BAD de placer ce tronçon parmi ses priorités, au même titre que le Corridor de Lobito.
Au terme des échanges, les parties ont convenu d’instaurer des évaluations périodiques destinées à suivre l’alignement des priorités, la mobilisation des financements et le déploiement des stratégies de mise en œuvre. Ces évaluations s’appuieront sur une approche interministérielle combinée à une synergie public‑privé (PPP) dynamique, ont indiqué les représentants congolais.
La rencontre s’inscrit dans une logique d’accélération des grands projets d’intégration en Afrique, où la RDC confirme son ambition de jouer un rôle central, tant sur les plans économique que sécuritaire. Les prochaines étapes porteront sur la finalisation des mécanismes de financement et la programmation des actions concrètes pour transformer ces orientations politiques en projets opérationnels.
Picard Luhavo







